In Pace

Pour mezzo-soprano, chœur, et ensemble à vent d’époque (2 cornets à bouquin, 2 trombones baroque, dulcian) avec un poème de Robert Service. Première mondiale: 2 November 2014 avec Meagan Zantingh, mezzo-soprano, La Rose des Vents, et les Cantata Singers d’Ottawa, avec Christopher Hossfeld, chef de cœur. 

Presse

Hossfeld’s own work, In Pace, was the program’s keystone. Set to a gut-wrenching poem by Canadian Robert Service, it’s a first-person account of a soldier dying on a WWI battlefield. Hossfeld paints in a harrowing palette of minor seconds and sinuous, uneasy motifs, eschewing the obvious military references. Boldly, he gives the soldier’s lines to a mezzo soprano.… Hossfeld’s conducting is clear and calm.

Natasha Gauthier. “Lost lives and lost manuscripts featured at two weekend concerts.” Ottawa Citizen, 2 November 2014.

Partition

Télécharger la fiche pdf de la partition (à des fins d’étude seulement).

Pour les droits et les matériaux de performance, s’il vous plaît communiquer avec le compositeur par courriel à ch@christopherhossfeld.com.

Notes explicatives

En commemoration du centenaire de la Première guerre mondiale.

J’ai décidé de composer une pièce pour chœur, mezzo-soprano, solo et ensemble à vent d’époque afin de lier les thèmes du deuil et de la tragédie, de les associer à la Première guerre mondiale, et de les rendre pertinents pour le public canadien. En cherchant un poète canadien qui avait lui-même vécu la guerre, j’ai trouvé l’œuvre de Robert Service (1874–1958), un chauffeur ambulancier et brancardier pour la Croix Rouge. Son poème «On the Wire» est tiré d’une collection intitulée «Rhymes of a Red Cross Man» (Rimes d’un homme de la Croix Rouge), publiée en 1916. Le poème décrit l’horreur d’un soldat pris dans le barbelé marquant les fronts des tranchées, qui finit par s’enlever la vie pour mettre fin à son agonie. Le rôle du soldat est assumé par la soliste mezzo-soprano. La mise en musique d’un poème abordant une telle terreur comporte un défi: y trouver un contexte. Si on s’attarde trop à la terreur, le public est soumis à une expérience éprouvante; si on s’y attarde insuffisamment, on la banalise. J’ai trouvé la solution sous la forme d’une antienne chantée pendant les Complies du premier dimanche du Carême. Les Complies sont chantées en fin de journée. Ces prières de probation pour la nuit évoquent également des images renvoyant à la fin de vie. Il y a de curieux parallèles entre le texte latin et le poème de Service, particulièrement les images de lumière et les sollicitations de protection. Le texte de l’antienne, In pace, est mis en musique par le compositeur britannique John Shepard (1515–1558) en alternant entre la polyphonie et le chant. Le motet est cité au complet à la fin de ma pièce, lorsque le chœur entonne le chant alors que les instruments jouent la polyphonie. L’hymne qui l’accompagne, «Christe qui lux es et dies», est chanté par le chœur pendant le reste de la pièce, agissant comme chœur grec priant pour le soldat.

Paroles
O God, take the sun from the sky!
It’s burning me, scorching me up.
God, can’t You hear my cry?
‘Water! A poor, little cup!’
It’s laughing, the cursed sun!
See how it swells and swells
Fierce as a hundred hells!
God, will it never have done?
It’s searing the flesh on my bones;
It’s beating with hammers red
My eyeballs into my head;
It’s parching my very moans.
See! It’s the size of the sky,
And the sky is a torrent of fire,
Foaming on me as I lie
Here on the wire… the wire.…

Ô Seigneur, raie le soleil du ciel!
Il me brûle, m’écorche.
Seigneur, n’entends-tu pas mon appel?
De l’eau! Un pauvre petit gobelet!
Il rit, le soleil damné!
Voyez comme il enfle et enfle
Féroce comme cent enfers!
Seigneur, n’en finira-t-il jamail?
Il brûle à vif la chair sur mes os;
Il bat à coup de marteaux rouges
Mes yeux qui pénètrent dans leur socle;
Il tarait mes gémissements.
Voyez! I est aussie immense que le ciel,
Et le ciel est un torrent de feu,
Déversant sur moi son écume alors que je
gis ici sur le barbelé… le barbelé.…

Christe qui lux es et dies,
Noctis tenebras detegis,
Lucisque lumen crederis,
Lumen beatum praedicans.

Ô Christ, qui es la lumière et le jour,
tu chasses les ténèbres de la nuit;
nous te croyons lumière du jour,
car tu proclames la lumière bienheureuse.

Of the thousands that wheeze and hum
Heedlessly over my head,
Why can’t a bullet come,
Pierce to my brain instead,
Blacken forever my brain,
Finish forever my pain?
Here in the hellish glare
Why must I suffer so?
Is it God doesn’t care?
Is it God doesn’t know?
Oh, to be killed outright,
Clean in the clash of the fight!
That is a golden death,
That is a boon; but this…
Drawing an anguished breath
Under a hot abyss,
Under a stooping sky
Of seething, sulphurous fire,
Scorching me up as I lie
Here on the wire… the wire.…

Sur les milliers qui aillent et bourdonnent
Sans crainte au-dessus de moi,
Pourquoi une balle ne peut-elle pas venir,
Plutôt transpercer mon cerveau,
Noircir à jamais mon cerveau,
Mettre fin à ma douleur?
Ici dans l’éblouissement infernal
Pourquoi dois-je souffrir ainsi?
Dieu ne s’en fait-il pas?
Dieu ne sait-il pas?
Oh, si seulement je pouvais être tué,
D’un coup sec dans le tumultueux combat!
Ce serait une mort dorée,
Ce serait une bénédiction; mais ceci…
En prenant un souffle angoissé
Sous un abîme brûlant,
Sous un ciel qui se renferme
Bouillonnant de feu sulfureux,
M’écorchant vif alors que je gis
Ici sur le barbelé… le barbelé.…

Precamur Sancte Domine,
Defende nos in hac nocte,
Sit nobis in te requies,
Quietam noctem tribue.

Nous te supplions, ô Seigneur Saint:
protège-nous durant cette nuit,
et, pour trouver en toi le repos,
accorde-nous une nuit paisible.

Hasten, O God, Thy night!
Hide from my eyes the sight
Of the body I stare and see
Shattered so hideously.
I can’t believe that it’s mine.
My body was white and sweet,
Flawless and fair and fine,
Shapely from head to feet;
Oh no, I can never be
The thing of horror I see
Under the rifle fire,
Trussed on the wire… the wire.…

Hâte-toi, Ô Seigneur, cette nuit!
Cache cette vision
Du corps auquel je suis confronté
Brisé si hideusement.
Je n’arrive pas à croire que c’est le mien.
Mon corps était blanc et joli,
Sans imperfection, doux et fin,
Galbé de la tête aux pieds;
Oh non, je ne peux être
L’horrible chose que je vois
Sous les tirs de fusils,
Ficelé sur le barbelé… le barbelé.…

Ne gravis somnus irruat,
Nec hostis nos surripiat,
Nec caro illi consentiens,
Nos tibi reos statuat.

Que notre sommeil ne soit pas troublé
et qui l’ennemi ne s’empare pas de nous,
et que la chair, consentante,
ne nous rende pas coupables à tes yeux.

Of night and of death I dream;
Night that will bring me peace,
Coolness and starry gleam,
Stillness and death’s release:
Ages and ages have passed,—
Lo! it is night at last.

Je rêve à la nuit et à la mort;
La nuit qui m’apportera la paix,
Fraîcheur et lueur étoilée,
Immobilité et libération par la mort:
De longs moments se sont écoulés,
Enfin, la nuit est tombée.

Oculi somnum capiant,
Cor ad te semper vigilet,
Dextera tua protegat
Famulos qui te diligunt.

Que les yeux soient pleins de sommeil,
mais le coeur toujours en éveil près de toi;
que ta main droit protège
les serviteurs qui t’honorent.

Night! but the guns roar out.
Night! but the hosts attack.
Red and yellow and black
Geysers of doom upspout.

La nuit! Mais les fusils vrombissent.
La nuit! Mais les hôtes attaquent.
Rouge et jaune et noir
Les geysers menaçants jaillissent.

Defensor noster aspice,
Insidiantes reprime,
Guberna tuos famulos,
Quos sanguine mercatus es.

Tourne-toi ver nous, ô notre défenseur,
retiens ceux qui dressent des pièges,
quitte tes serviteurs
que tu as rachetés par le sang.

Silver and green and red
Star-shells hover and spread.
Yonder off to the right
Fiercely kindles the fight;
Roaring near and more near,
Thundering now in my ear;
Close to me, close … Oh, hark!
Someone moans in the dark.
I hear, but I cannot see,
I hear as the rest retire,
Someone is caught like me,
Caught on the wire… the wire.…

Argentées et vertes et rouges
Les fusées éclairantes planent et s’épandent.
Là-bas vers la droite
Illuminant impitoyablement le combat:
Bourdonnant de plus en plus près,
Rugissant maintenant dans mon oreille;
Prés de moi, prés… oh, écoutez!
Quelqu’un gémit dans l’obscurité.
Je l’entendens mais je ne le vois pas,
Je l’entendens alors que les autres battent en
retraite, quelqu’un est un pris, comme moi,
Pris sur le barbelé… le barbelé.…

Again the shuddering dawn,
Weird and wicked and wan;
Again, and I’ve not yet gone.
The man whom I heard is dead.
Now I can understand:
A bullet hole in his head,
A pistol gripped in his hand.
Well, he knew what to do,—
Yes, and now I know too.…

Encore l’aube frémissante,
Étrange et malveillante et blafarde;
Encore, et je ne suis toujours pas parti.
L’homme que j’entendais est mort.
Maintenant je peux comprendre:
Un trou de balle dans la tête,
Un pistolet serré dans sa main.
Lui savait quoi faire,
Oui, en maintenant moi aussi je sais.…

Memento nostri Domine
In gravi isto corpore,
Qui es defensor animae,
Adesto nobis Domine.

Souviens-toi de nous, ô Seigneur,
sous le poids de ce corps;
Toi, qui es le défenseur de l’âme,
aide-nous, ô Seigneur.

Hark the resentful guns!
Oh, how thankful am I
To think my beloved ones
Will never know how I die!
I’ve suffered more than my share;
I’m shattered beyond repair;
I’ve fought like a man the fight,
And now I demand the right
(God! how his fingers cling!)
To do without shame this thing.
Good! there’s a bullet still;
Now I’m ready to fire;
Blame me, God, if You will,
Here on the wire… the wire.…

Écoutez les fusils haineux!
Oh, comme je suis soulagé
De savoir que mes proches
Ne sauront jamais comment je suis mort!
J’ai souffert plus que ma part;
Je suis brisé de façon irréparable;
Je me suis battu comme un homme,
Et maintenant je demande le droit
(Dieu! Comme ses doigts s’agrippent!)
D’agir sans honte.
Bien! Il reste un balle;
Maintenant je suis prêt à tirer;
Blâme-moi, Seigneur, si tu veux,
Ici sur le barbelé… le barbelé.…

In pace, in idipsum
dormiam et requiescam.

Dans la paix, sans partage,
je dormirai et je reposerai.

«On the Wire» de Rhymes of a Red Cross Man (1916) par Robert W. Service.